Colloque Daniel Arasse
 | Figures de l’amour
Jean-Loup Bourget (ENS), Elizabeth Cropper (National Gallery of Art, Washington), Charles Dempsey (The Johns Hopkins University, Baltimore), Yves Hersant (EHESS) et David Rosand (Columbia University, New York)
[8 juin 2006 à 17h00]
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| Jean-Loup Bourget (ENS) professeur à l’École normale supérieure et critique à la revue Positif.
directeur du Département histoire et théorie des arts de l’ENS
directeur de l’ARIAS - Atelier de recherche sur l’intermédialité et les arts du spectacle (CNRS-Paris III) |
| Elizabeth Cropper (National Gallery of Art, Washington) Elizabeth Cropper is Dean of the Center for Advanced Study in the Visual Arts at the National Gallery of Art, Washington, D.C. Formerly she was Professor of the History of Art and Director of the Villa Spelman at The Johns Hopkins University. She is the author of The Domenichino Affair (2005), and many studies of Florentine and Roman painting. With Charles Dempsey she is co-author of Nicolas Poussin: Friendship and the Love of Painting. |
| Charles Dempsey (The Johns Hopkins University, Baltimore) Charles Dempsey is Professor of Art History at Johns Hopkins University, where he chaired the department for six years. He has written widely about Renaissance and Baroque art, including books on Botticelli’s Primavera, on Inventing the Renaissance Putto, on Annibale Carracci and the Beginnings of Baroque Style, and on Nicolas Poussin: Friendship and the Love of Painting, which he wrote together with Elizabeth Cropper. He is a member of the American Academy of Arts and Sciences and the American Philosophical Society, and has held numerous visiting professorships, among them at Princeton, the University of Melbourne in Australia, and at the Collège de France and the École des Hautes Études en Sciences Sociales, where he collaborated in seminars at the invitation of his good friend Daniel Arasse. |
| Yves Hersant (EHESS) Directeur d’études à l’EHESS, chargé du Groupe de recherches sur l’Europe, Yves Hersant a étudié la Renaissance sous des aspects aussi divers que la mélancolie, l’allégorie, la notion de beauté, le mythe de l’âge d’or, le rire, le rêve, l’émerveillement. Il est membre du comité de rédaction de Critique et co-dirige l’édition française des œuvres de Giordano Bruno. Principales publications : Italies : les voyageurs français aux XVIIe et XVIIIe siècles. Europes. Anthologie critique et commentée, en collaboration avec Fabienne Durand-Bogaert. La métaphore baroque. D’Aristote à Tesauro. Mélancolies, de l’Antiquité au XXe siècle. |
| David Rosand (Columbia University, New York) David Rosand, Meyer Schapiro Professor of Art History at Columbia University, is a scholar of Renaissance art who has published as well on modern art and on American painting. Three of his books have appeared in French translation: Peindre à Venise au XVIe siècle : Titien, Véronèse, Tintoret (Flammarion, 1993), Titien : l’art plus fort que la nature (Découvertes Gallimard, 1993), and La trace de l’artiste : Léonard et Titien (Gallimard, 1993). His more recent books include Robert Motherwell on Paper: Drawings, Prints, Collages (1997), Myths of Venice: The Figuration of a State (2001), Drawing Acts: Studies in Graphic Expression and Representation (2002), and The Invention of Painting in America (2004). He is currently preparing a monograph on the art of Paolo Veronese, to be published by Citadelles & Mazenod. |
Colloque Daniel Arasse
Le colloque organisé par l’Institut national d’histoire de l’art, l’École des hautes études en sciences sociales, l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, l’École normale supérieure, l’ARIAS et le Centre d’études supérieures de la renaissance, avec le soutien de l’Istituto Italiano per gli Studi Filosofici (Naples), réunit des intervenants qui, amis, éditeurs, collègues ou anciens étudiants, ont tous bien connu Daniel ARASSE. Dans leurs communications, ils s’attachent à dégager sur des points précis la portée historique, théorique et méthodologique de ses travaux.
Disparu prématurément le 14 décembre 2003, Daniel ARASSE laisse derrière lui une production scientifique abondante et variée. Il a essentiellement travaillé sur l’image de la peinture mais ne s’est jamais cantonné à un domaine de spécialité. Si la plupart de ses recherches portaient sur l’Italie du XIVe au XVIe siècle, Daniel ARASSE s’est aussi intéressé à la Hollande du XVIIe siècle, à la France du XVIIIe et, plus récemment, à divers artistes contemporains. Une telle diversité procède d’une curiosité toujours en éveil et d’une insatiable envie de connaître et de comprendre, mais on y perçoit une profonde unité : elle est sous-tendue par une évidente cohérence intellectuelle. Le petit recueil intitulé On n’y voit rien (2000) fait ainsi écho au gros livre sur le détail (1992) : dans l’un et l’autre ouvrage, si différents que soient les objets étudiés, l’analyse a pour ressort ce qui arrête le regard et sollicite la sagacité de l’observateur. Ainsi retrouve-t-on à l’œuvre l’attention que Daniel ARASSE a constamment portée à ce qui relève de l’affleurement parfois à peine perceptible, qu’il s’agisse de la foi d’un peintre catholique vivant en milieu réformé (Vermeer, 1993) ou de la trace que le moi de l’artiste ou du commanditaire laisse dans l’œuvre (Le sujet dans le tableau, 1997).
Responsables scientifiques : Maurice Brock, Giovanni Careri, Danièle Cohn, Frédéric Cousinié, Philippe Dagen, Yves Hersant, Nadeije Laneyrie-Dagen, Philippe Morel
assistés de Marie-laure Allain et Sara Longo
Pour en savoir plus sur ce cycle ...
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Liste complète des enregistrements de ce cycle par ordre chronologique :
- Ouverture du colloque Daniel Arasse du 8 juin 2006 — Frédéric Cousinié et Jean-Pierre Cuzin
- Le clin d’œil de saint Sébastien du 8 juin 2006 — Karim Ressouni-Demigneux
Dans « Le corps fictif de Sébastien et le coup d’œil d’Antonello », Daniel Arasse ouvre et conclut son texte par l’analyse d’un détail, celui du nombril du saint, dans lequel il voit un œil, « l’œil de la peinture elle-même, en son corps peint », nouant dialectiquement le corps du saint et le corps du spectateur. La récente restauration du tableau à Dresde, à supposer qu’elle ait été effectuée dans les règles de l’art, contredit, quelles que soient les conditions de vision, ce regard de l’historien. Pourtant cet excès d’imagination, ce rêve, reste, dans son erreur même, le moyen le plus efficace de penser le tableau d’Antonello, d’autant que la force poétique de cette analyse acquiert aujourd’hui un relief particulier, car si la restauration révèle que le seul « coup d’œil » est d’Arasse, elle rend plus que jamais visible que quelque chose se joue effectivement là, au nombril.
- Le reflet, un détail-emblème de la représentation en peinture (XVe-XVIe siècles) du 8 juin 2006 — Diane Bodart
Dans l’Italie du XVe siècle, si le miroir est une métaphore du tableau, le reflet, circonscrit à un pan restreint de la composition picturale, est un paradigme de l’excellence technique, de la maîtrise de la peinture à l’huile jusqu’alors l’apanage des Flandres. Il surprend par la précision de sa facture, par l’éclat de sa lumière, mais encore par sa capacité à dévoiler l’envers de la représentation. Cette dernière qualité l’imposera, au siècle suivant, parmi les atouts témoignant de la primauté de la peinture sur la sculpture dans le débat sur le paragone. Pourtant, le reflet minutieusement décrit est progressivement décrié par les théories artistiques, au moment même où la peinture vénitienne, fondée sur le pouvoir évocateur du coloris, repousse le regard du spectateur de la vision rapprochée à un point de vue distant. À travers l’analyse de ce que décrit le reflet en peinture, et de la détermination de son référent, il s’agira ainsi de montrer en quelle mesure ce détail est susceptible de révéler la conception de la représentation picturale, en fonction de contextes culturels et historiques donnés.
- La question du regard dans les œuvres tardives de Giovanni Bellini du 8 juin 2006 — Philippe Morel
Prenant pour point de départ l’article particulièrement stimulant que Daniel Arasse a consacré à la Dérision de Noé de Giovanni Bellini et réédité dans Le sujet dans le tableau, cette étude vise à préciser les enjeux théologiques de l’image ainsi que les mécanismes de son fonctionnement réflexif, avant de revenir sur le rapport établi par Daniel Arasse avec d’autres œuvres, contemporaines mais profanes, du même artiste. Cette confrontation permettra de prendre la mesure des ultimes réflexions du vieux maître sur l’économie scopique de la peinture et conduira vers une interprétation quelque peu paradoxale du souci d’apparente modernité qui s’en dégage, en replaçant l’exégèse chrétienne au cœur de la théorie artistique.
- Voir ne pas voir du 8 juin 2006 — Hubert Damisch
Que voit-on dans un tableau ? Et si tout conspire à ce qu’on n’y voie guère, sinon rien, peut-on attendre de l’histoire qu’elle soit de quelque secours en la matière ? : Daniel Arasse en a fait le pari, mais pour y reconnaître une affaire moins de contexte que d’optique. Ce qui n’apparaît jamais plus clairement, en termes de production autant que de réception (celle-là ayant décidément le pas sur celle-ci), que là où l’objet participe tout ensemble du voir et du non-voir, de l’in-vu. Quand l’Annonciation toscane ne trouve pas dans le dispositif perspectif la forme emblématique de sa manifestation, tandis que se déplace et se déconstruit l’opposition traditionnelle entre le visible et l’invisible. L’histoire, pour avoir su entendre la question, prend ici force de pensée.
- La part de l’oeil du 8 juin 2006 — Diane Bodart, Hubert Damisch, Éric Darragon, Philippe Morel et Karim Ressouni-Demigneux
Discussion suite à la séance présidée par Éric Darragon
- Eheu vincit Venus: Love and Desire in 16th century Florence du 8 juin 2006 — Elizabeth Cropper
Bronzino’s paintings of Venus present a much darker side of desire from that associated with the Petrarchan paradigm for the beloved, or with those Venetian Venuses to which Daniel Arasse dedicated his attention. This paper seeks to show that Lucretius’s association of amor with voluptas had profound meaning for the generation of Bronzino in Florence, and that Lucretian theories of the image altered artists’ understanding of the very status of the representations they were producing.
- The Passion of Adonis du 8 juin 2006 — David Rosand
In the theme of the death of the hero, classical antiquity offered to the Christian pictorial imagination a model of pathos and a hero of particular relevance: Adonis, the mortal immortalized by divine love in a cycle of death and resurrection. This paper considers the appropriation of that model in the imagery of the late Renaissance, the visual model of its affective structure and the emotional resonance of its literary expression. Exploring the tale Venus and Adonis, painters probed the dimensions of pathos and the possibilities of narrative implication inherent in that model.
- Nicolas Poussin and the Invention of the Mythological Idyl du 8 juin 2006 — Charles Dempsey
Daniel Arasse and I once spoke together at a colloquium honoring the centenary of the foundation of the Kunsthistorisches Institut in Florence. We both took as our subject Poussin’s experimentation with new genres of painting, in particular Poussin’s development of a theory of tragic subject and disposition, about which we both spoke. I wish to return to the question of genre for this Colloque in his memory, this time considering the early Poussin’s invention of a completely new genre, which I am naming the Mythological Idyl.
- L’érotique arassienne du 8 juin 2006 — Yves Hersant
Explorer l’intimité du rapport entre les œuvres et leurs auteurs ou commanditaires ; ouvrir à l’analyse et à l’interprétation historiques le champ des investissements psychiques dont les œuvres de la Renaissance ont été le lieu ; imaginer une iconographie des associations d’idées, susceptible de reconstituer les enjeux individuels dont certaines œuvres étaient porteuses et qu’elles manifestent encore aujourd’hui par les condensations, les déplacements, les élaborations singulières qui affectent le traitement de leur thème : en réalisant pleinement ce programme, et souvent avec humour, Daniel Arasse a conféré (ou rendu) à la peinture un statut d’objet du désir.
- Figures de l’amour du 8 juin 2006 — Jean-Loup Bourget, Elizabeth Cropper, Charles Dempsey, Yves Hersant et David Rosand
Discussion suite à la séance présidée par Jean-Loup Bourget
- Une histoire de moulins à vent du 9 juin 2006 — Nadeije Laneyrie Dagen
Dans son souci de voir, mieux voir, faire voir, et cesser en tout cas de n’y rien voir, Daniel Arasse a donné pour sous-titre à son ouvrage sur Le Détail, « Pour une histoire rapprochée ». L’objet de la communication que nous proposons est la peinture du Nord, non cette peinture hollandaise à laquelle Arasse a consacré son Vermeer, mais la peinture flamande du XVe siècle, soit un corpus qui, au plus haut point, pour reprendre les termes d’Arasse, « suscite chez celui qui regarde le désir de s’approcher ». Les remarques que l’on va présenter suivront cependant une perspective un peu distincte de celle d’Arasse. Afin de montrer comment le détail joue le rôle d’« emblème » du processus de représentation adopté et en même temps « fait écart », Daniel Arasse a choisi d’« identifier », d’« isoler », de « découper de son ensemble » le détail : bref, de l’examiner d’abord séparément. La méthode était indispensable, pour changer les habitudes d’une histoire de l’art habituée à une appréhension « de loin » et questionner ainsi - mettre en cause - les concepts, les catégories, établies par celle-ci. Notre propos n’est pas d’isoler un détail de son ensemble. Il est plutôt de réfléchir à la manière dont un motif, à la fois mineur et récurrent dans plusieurs œuvres d’un même artiste, fait sens, non pas tant parce qu’il revient à plusieurs reprises dans un corpus, mais parce qu’il y revient avec d’autres motifs, les mêmes, eux aussi. Nous voudrions développer la notion de « réseau de détails », après qu’Arasse a eu ouvert la voie en inventant (quoiqu’il se réclame du précédent de Kenneth Clark) l’examen « du » détail. En l’occurrence, l’approche sera centrée sur l’œuvre des fondateurs de la peinture flamande, les frères Hubert et Jan van Eyck. Dans cette œuvre, on étudiera un détail - les moulins - qu’on mettra en relation avec d’autres détails.
- Le possédé dans la _Transfiguration_ de Raphaël : un détail ? du 9 juin 2006 — Maurice Brock
Dans la Transfiguration de Raphaël, le possédé ne constitue pas un détail, au sens de « particolare », si on en juge par sa grande importance visuelle et par son rôle essentiel dans le fonctionnement narratif et sémantique du tableau. Les spécialistes de l’épilepsie ont toutefois tendance à en faire un « dettaglio » qu’on pourra qualifier d’« iconique » : lorsqu’ils étudient l’histoire des représentations de la maladie, ils détachent le jeune malade de son contexte afin de déterminer si l’image que l’artiste donne d’une crise d’épilepsie est cliniquement exacte ou inexacte. On s’intéressera donc, à partir des catégories que Daniel Arasse met en place au début de son livre sur le détail, au statut bien particulier qui revient au possédé dans l’économie narrative, sémantique et esthétique de la Transfiguration.
- Antonello da Messina nei dettagli du 9 juin 2006 — Bernard Aikema
La conferenza propone una (ri)lettura di alcune opere di Antonello da Messina, generalmente considerato il paradimmatico "trait d’union" fra le Fiandre e l’Italia, nel Quattrocento. Analizzando e contestualizzando la struttura pittorica di alcune opere chiave dell’artista, a cui in questi giorni è stato dedicato una grande mostra retrospettiva a Roma, si scopre un rapporto più complesso di quanto finora è stato proposto dalla critica, che ha messo l’accento troppo unilateralmente sulle supposte innovazioni techniche di Antonello, tralasciando invece i mezzi e le finalità pittoriche da lui effettuati.
- Il dettaglio nella pittura veneziana del Cinquecento du 9 juin 2006 — Augusto Gentili
Negli anni della polemica e del disciplinamento, al pittore non bastano più il corredo della tradizione e il repertorio del mestiere: ha anche bisogno di una formidabile strumentazione retorica per comunicare l’intera complessità dei significati prescelti. Nasce così un linguaggio fondato soprattutto sull’invenzione di nuove metafore, col risultato di sensibili modifiche delle iconografie consolidate. Le nuove metafore nascono direttamente con l’immagine, generando dettagli inediti e significativi, segnali isolati o intrecciati che fundaziono come indicatori di percorso e chiariscono azioni, intenzioni e concetti. L’indagine sui dettagli attraversa i teleri veneziani di Jacopo Tintoretto nella chiesa della Madonna dell’Orto e quelli di Paolo Veronese nella chiesa di San Sebastiano.
- Détails du 9 juin 2006 — Bernard Aikema, Maurice Brock, Augusto Gentili, Nadeije Laneyrie Dagen et Victor Stoichita
Discussion suite à la séance présidée par Victor Stoichita
- L’événement de l’œuvre d’art du 9 juin 2006 — Bruno-Nassim Aboudrar
L’histoire de l’art de Daniel Arasse se caractérise par la précision de l’articulation entre les œuvres qu’il examine dans leur singularité la plus intime (cf. le « détail » des tableaux, auquel il a consacré un livre majeur) et la construction historienne du moment dans lequel elles interviennent. Cette précision, à elle seule, suppose une réflexion épistémologique élaborée portant sur la peinture en tant qu’objet d’histoire – et d’histoires, qui, si elle n’a finalement pas donné lieu à l’ouvrage théorique auquel Daniel Arasse songeait, affleure toutefois assez clairement dans son œuvre.
- Le sujet dans le tableau du 9 juin 2006 — Giovanni Careri
Après une discussion sur la notion de sujet dans Le sujet dans le tableau de Daniel Arasse la question de la subjectivité sera développée à partir d’une étude de l’autoportrait de Michel Ange dans le Jugement dernier. Nous allons aborder l’autoportrait du point de vue de la tension entre la subjection et de la subjectivation qui gouverne la fresque toute entière.
- Autour de l’Annonciation du 9 juin 2006 — Omar Calabrese
L’intervention part du livre de Daniel Arasse (L’Annonciation italienne, Hazan, Paris 1999) sur le thème, mais touche aussi certains articles ou conférences de l’auteur sur le même sujet, et cherche de souligner l’apport que la sémiotique a donné à la pensée de Daniel Arasse sur la théorie de l’art, et celui que Daniel a donné à la sémiotique. Certains de ses arguments seront repris et développés, comme la question de l’énonciation en peinture (liée à l’Annonciation à travers la perspective), la figuratisation de la croix ou de la porte, les rites de passage contenus dans le même sujet. L’intervention cherche aussi à construire un lien entre différentes théories des sciences humaines (sémiotiques, anthropologiques, psychologiques) et l’analyse concrète des œuvres d’art, selon le style typique de Daniel Arasse (et d’autres compagnons de route), c’est-à-dire celui de trouver la clef de l’interprétation dans ce que l’on appelle « l’objet théorique ». L’explication sera toujours fournie par les images-prétexte de l’Annonciation.
- La peinture à son plaisir. Vers une méthode. du 9 juin 2006 — Guillaume Cassegrain
Daniel Arasse ne considérait pas la réflexion méthodologique comme une pratique annexe de l’histoire de l’art qui devait être dissociée de l’analyse proprement dite des œuvres. Le titre qu’il a donné à l’ouvrage qu’il souhaitait consacrer au sujet résume bien l’idée qu’il se faisait de la « méthode » : L’Art dans ses œuvres. Ainsi, même s’il n’a jamais abordé les problèmes théoriques de front, Daniel Arasse a toujours témoigné, à travers ses livres et ses articles, d’un intérêt pour la dimension réflexive de l’histoire de l’art. La « signification figurative », l’« iconologie analytique » sont autant d’exemples qui montrent, au-delà de la diversité des objets interrogés (de la peinture siennoise du trecento à la peinture abstraite), comment Daniel Arasse cherchait à faire jouer, ensemble, lecture historique de l’image et élaboration théorique d’une méthode d’analyse. Mais l’originalité de la démarche de Daniel Arasse est sans doute à chercher ailleurs. Daniel Arasse fait appel non pas à une méthode dogmatique – incapable de s’adapter à ce que montre l’image, système aveugle aux originalités de la peinture – mais ce que l’on pourrait appeler, avec Roland Barthes, une « critique » qui vient lorsque « le plaisir peut être dit ». cette notion de plaisir – plaisir de l’historien devant les œuvres et plaisir de l’artiste devant son œuvre, dans son œuvre – peut servir à mieux définir les usages historiques et théoriques des images et à dégager, dans le cadre d’une histoire de l’art, une poétique de l’art. Le plaisir que Daniel Arasse a recherché dans la peinture est un moyen heuristique qui lui permet de rester attentif à l’image en train de se faire, de comprendre ses excès et de ne pas se fier aveuglément aux « besoins » de l’iconographie. Le plaisir dans/de la méthode de Daniel Arasse est enfin l’occasion d’interroger ses « sources » et de mieux comprendre ce que la lecture de textes comme Le Plaisir du texte de Roland Barthes ou Les Plaisirs de la narration de Louis Marin a pu lui apporter.
- Daniel Arasse et l’hypothèse de l’inconscient du 9 juin 2006 — Gérard Wajcman
Il y a, pour l’histoire de l’art, un dossier du « Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci » de Freud. Il a été instruit tout au long du XXe siècle. En 1956, on le sait, Meyer Schapiro y apporte une contribution décisive. Dans une analyse historique modèle, l’erreur de Freud entre milan et vautour y apparaît rédhibitoire. Les psychanalystes américains eux-mêmes rendront d’ailleurs les armes. Vingt-cinq ans plus tard, Daniel Arasse va rouvrir le dossier, dans un article. Contre toute attente, il conclut cette fois au bénéfice de Freud. Son « approche historique » s’anime d’une hypothèse non conforme : qu’une erreur peut dire vrai, qu’exactitude et vérité sont disjointes. Les psychanalystes ne peuvent qu’y souscrire. Elle déconcerte une certaine pratique de l’histoire. Maniée avec tact et sans enjeu doctrinaire par Daniel Arasse, l’hypothèse montre une certaine fécondité. Et l’iconoclasme tranquille d’un jeune historien.
- Théories et méthodes du 9 juin 2006 — Bruno-Nassim Aboudrar, Jean-Claude Bonne, Omar Calabrese, Giovanni Careri, Guillaume Cassegrain et Gérard Wajcman
Discussion suite à la séance présidée par Jean-Claude Bonne
- Vaporisation vs. Centralisation. « Le Sujet dans la peinture à l’époque de l’Impressionnisme » du 10 juin 2006 — Victor Stoichita
L’intervention prend son essor à partir des recherches vouées par Daniel Arasse au « sujet dans le tableau » (1997) à l’époque de la Renaissance. Il s’interroge sur les avatars de l’auctorialité picturale à l’époque où tant le « tableau » que le « sujet » sont mis en question. Seront analysés notamment les autoportraits et les signatures de Manet et de Degas, deux peintres sensibles aux enjeux de la tradition avec laquelle ils entretinrent un dialogue riche d’implications.
- Léonard et Kiefer. Quelques réflexions à partir de Daniel Arasse. du 10 juin 2006 — Claudia Cieri-Via
Leonardo da Vinci e Anselm Kiefer: due artisti a confronto. Sulle tracce del pensiero e degli scritti di Daniel Arasse si vuole mettere a fuoco quel processo critico, che prende le mosse dal celebre passaggio: “Ogni pittore dipinge se stesso”. La ricerca della genesi della forma implica un interesse per l’atto creativo che affonda le radici nel processo biblico della creazione dell’uomo. Le riflessioni di Leonardo sulla processualità della formazione, legata al movimento e alla temporalità, ci introducono al pensiero di Klee e alla sua teoria della forma e della figurazione ma anche alla ricerca di Anselm Kiefer che sposta sul processo creativo ed originario la sua sperimentazione artistica fra la trasparenza del senso e l’opacità della materia che avvicina alcune opere dell’artista tedesco al ‘componimento inculto’ di Leonardo. A questo concetto di immagine densa e concettuale stratificata di memoria, rielaborata anche da Joseph Beuys, si legano le ricerche di Aby Warburg sulle pathosformeln, di Walter Benjamin sull’immagine dialettica, di Paul Klee e di Anselm Kiefer che riflettono sul valore della storia e della memoria. Nel risalire agli elementi originari e fondativi della costruzione dell’opera d’arte s’intende rintracciare il senso operativo dell’artista al di qua e al di là dell’oggettualità e della spazialità dell’opera, sulla soglia dell’immagine (dallo Zwischenraum warburghiano allo Stillstand della immagine dialettica di Benjamin), nella temporalità del processo creativo, nel movimento che attraversa il disegno leonardesco e il suo “componimento inculto” ma anche nella geologia dei materiali stratificati e sconvolti dal movimento di una potenza impensabile delle opere di Kiefer.
- Anselm Kiefer, Daniel Arasse, la matière de la mémoire du 10 juin 2006 — Danièle Cohn
- Un moderne chez les contemporains du 10 juin 2006 — Philippe Dagen
Le détail, On n’y voit rien : autant d’ouvrages qui portent sur l’art que l’on dit « ancien ». Pour autant, la leçon de regard qu’ils donnent ne s’appliquerait-elle pas à l’art actuel? Ne serait-elle même à tel point en accord avec quelques unes de ses manifestations récentes que l’on pourrait soutenir que Daniel Arasse a été, à sa manière, l’un de ceux qui ont accompagné, de leurs positions d’historiens et de critiques, cette évolution ? Relire Les miroirs de Cindy Sherman est un exercice riche en enseignements.
- Dialogue entre Anselm Kiefer et Philippe Dagen du 10 juin 2006 — Philippe Dagen et Anselm Kiefer
- Rencontre autour de Daniel Arasse du 22 juin 2006 — Nadeije Laneyrie Dagen
Catherine Axelrad-Bourget questionne Nadeije Laneyrie-Dagen autour de Daniel Arasse à l’occasion du colloque qui s’est tenu en juin 2006 à l’INHA.
Consulter les autres cycles du même groupe :